AFORELEC/CFAEE/CSEEE

Perspectives

EQUIPEMENT ELECTRIQUE : LES PERSPECTIVES...

Pour comprendre l'évolution récente de l'activité des entreprises d'équipement électrique, on se penchera avec profit sur les mouvements enregistrés durant la dernière décennie.

1992...

C'est l'année de départ d'une période de fort déclin d'activité pour le secteur du Bâtiment. Des milliers d'emploi ont été perdus avec la baisse de la construction. La crise a été particulièrement marquée par le frein que constituait dans les grandes villes et particulièrement en région parisienne le stock important de Bureaux. Malgré une conjoncture des plus morose, les entreprises d'équipement électrique ont été un peu moins sévèrement touchées que celles des autres corps d'état du bâtiment. Leur technicité et le maintien d'un besoin de travaux sur bâtiments existants ont joué un rôle de bouclier.
Cependant la tension ressentie a incité beaucoup d'entreprises à changer de stratégie et de comportement, bouleversant en cela l'équilibre naturel du marché. Des entreprises ont recherché ailleurs les débouchés qu'elles ne trouvaient pas sur leur marché traditionnel. Un constat qui concerne aussi bien la taille des marchés que les spécialités des entreprises. Notons également que d'autres professions périphériques se sont intéressées au marché.
Au total, beaucoup d'entreprises ont disparu durant cette période, d'autres ont connu des périodes très difficiles. La concentration s'est accentuée dans le secteur, ainsi l'effectif moyen des entreprises adhérentes n'a cessé d'augmenter alors que le nombre même de ces entreprises diminuait. Le comportement des clients a changé confrontant les entreprises à un problème très préoccupant : le niveau de prix excessivement bas du marché et à une menace quasi permanente : le rétrécissement brutal du carnet de commande.
Le marché des travaux faiblement qualifiés a fortement diminué du fait du comportement du consommateur face à un réseau de distribution en pleine expansion (les grandes surfaces de bricolage) et du travail non déclaré. Le petit négoce s'est retrouvé, dans les grandes villes, en voie d'extinction. En résumé, un grand bouleversement dont les effets néfastes ont commencé à s'estomper en 1998 lorsque l'amélioration économique générale a permis la relance d'un certain niveau d'activité.

1998...

Dès la fin 1997, la situation est redevenue bien meilleure. Le marché a été littéralement porté pour atteindre un très fort niveau particulièrement durant l'année 2000. C'est vraisemblablement à ce moment que l'on a pu mesurer combien cinq années de crise avaient été aussi le théâtre d'une véritable transformation des comportements, des besoins, des outils et des technologies, avec un impact réel sur les entreprises.
Moins de dix ans ont donc suffit pour que sous le double effet d'un mouvement à caractère conjoncturel et structurel, les entreprises repartent sur de nouvelles bases.

2002...

Les besoins en équipements électriques restent importants. Le niveau des études en témoigne. Cependant le marché est redevenu plus tendu en faison des fortes incertitudes économiques qui planent sur certains secteurs. Pour les professionnels, ces conditions ne favorisent pas la visibilité sur l'après 2002.

En dehors des aspects conjoncturels, d'importantes transformations se poursuivent et modifient progressivement la physionomie des différents types de marchés, habitat ou tertiaire et industrie. L'influence de plusieurs facteurs apparaît déterminante : la réglementation, la formation des professionnels, l'implication des entreprises dans les nouvelles technologies liées aux numérique et à la communication.

LES FACTEURS DE CHANGEMENT

Concentration et Intégration

Le développement des groupes alliant stratégies industrielles et stratégies financières a modifié substantiellement le tissu de PME qui existait auparavant dans ce secteur.
Les nombreuses entreprises qui se sont intégrées à ces groupes se conçoivent désormais comme des " centres de profit " conservant une certaine autonomie mais agissant en fonction d'une stratégie d'ensemble.
La concentration s'opère aussi bien horizontalement que verticalement :

  • avec les grands groupes de BTP, les entreprises générales.
  • avec d'autres acteurs de la filière électricité et les groupes se développant dans le domaine des réseaux.
  • corélativement à l'ouverture totale du marché de l'énergie en Europe en juillet 2004 pour les clients professionnels et collectivités locales puis pour 2007 pour les particuliers

Réglementation et normalisation

L'environnement réglementaire et normatif des entreprises est en plein mouvement, notamment dans le sillage de l'harmonisation européenne. En imposant leur adaptation à de nouvelles conditions, il contribue à la restructuration de l'offre.
La technique est plus que jamais un passage obligé du professionnalisme. Une loi a été votée en juillet 1996 restreignant les possibilités d'accès à la profession par l'exigence d'une qualification minimale.

Dans le domaine de l'hygiène et de la sécurité, de nombreux textes sont apparus durant la dernière décennie imposant aux entreprises un effort permanent d'analyse et d'organisation. Notons par ailleurs, l'aménagement du temps de travail donnant souvent lieu à une réorganisation du fonctionnement des entreprises en réseau de compétences.
L'apparition de la Qualité a été également un évènement marquant des dernières années. Dès 1993, suite à la création par l'AFAQ (Association Française pour la Qualité) d'un Comité travaux électrique les entreprises ont obtenu la possibilité de postuler à la certification qualité ISO 9000, de plus en plus demandée par les donneurs d'ouvrage lors des appels d'offres.

L'évolution a été rapide puisqu'en de nombreuses entreprises principalement moyennes ou grandes sont désormais détentrices d'une certification. Quand bien même la conjoncture difficile a retardé les échéances, l'introduction de l'assurance qualité hors du périmètre de la culture industrielle, est désormais une tendance lourde dont les effets structurants sont loin d'être négligeables. La rupture avec la tradition orale du bâtiment est à cet égard une des premières transformations remarquables.

La formation

Les entreprises d'équipement électrique forment, et de plus en plus. Elles sont parmi les corps d'état du bâtiment les plus nombreuses à accueillir des jeunes en apprentissage. Elles consacrent en moyenne 4 % de leur masse salariale à leur budget formation à comparer aux 2 % exigés par la loi. Elles recourent également de plus en plus à la formation continue.
Quant aux filières de formations, elles se diversifient et tendent d'une manière générale à élever le niveau des études dans les directions :

  • technique (conception, gestion d'un chantier, exécution, maintenance).
  • connaissances liées aux courants faibles (électronique, informatique).
  • efficacité personnelle (communication, adaptation à des équipes autonomes et décentralisées, gestion du travail).

Déjà sensible, la diffusion de nouvelles compétences dans la plupart des entreprises confirme l'évolution vers une valeur ajoutée reposant sur la conception, sur l'intégration à des configurations spécifiques et sur le service. Une évolution qui n'exclut pas un besoin toujours important de disposer dans les entreprises de compétences de production.

Les technologies numériques de communication

Quelles que soient leurs spécialités, les entreprises ont assisté à la transformation de leur activité par le développement généralisé des technologies dites de la communication.

Certaines entreprises d'équipement électrique se sont déjà engagées pour compter parmi les acteurs de ces technologies qui génèrent des marchés importants d'ingénierie et d'installation d'équipements (Câblage, réseaux, Gestion Technique du Bâtiment, ...). De nouvelles offres concrétisent le rapprochement des univers autrefois très segmentés des équipements électriques et des équipements de télécommunications. En témoigne l'irruption de nouveaux concepts à forte connotation de ervices comme le "netbuilding" ou les "télécom services".
Par ailleurs, ces entreprises deviennent aussi des utilisateurs de ces technologies (échanges de données numérisées, services en ligne, transmission de données .à hauts débits, ...) ce qui modifie la nature de leurs rapports avec leurs fournisseurs, clients et partenaires.

Conciente de cette évolution, la CSEEE a encouragé les travaux d'un groupe d'entrepreneurs qui ont débouché sur la création en 2001 d'un syndicat national SVDI ouvert aux entreprises spécialisées dans les domaines GTB, réseaux informatiques, supervision.
Il est encore tôt pour tenter de scénariser les conséquences de l'introduction de nouvelles pratiques liées à ces technologies. Mais les maillages qui se tissent (relations internationales, transversales entre corps d'état, co-traitance, sous-traitance, ) ont déjà des répercussions sur la concurrence et la configuration du secteur.

L'ENTREPRISE ET SON MARCHE, DEMAIN

Habitat, petit tertiaire : proximité et service

Qu'il s'agisse de constructions neuves ou de rénovations, il demeure toujours un espace pour de nombreuses entreprises de taille artisanale, spécialement structurées pour rendre un service personnalisé aux particuliers (qu'il s'agisse d'immeubles collectifs, de maisons individuelles ou de magasins).

Leur aspect et leur activité évoluent, marquant une rupture avec l'entreprise artisanale d'hier et même d'aujourd'hui.

  • moins de câbles à installer (développement des liaisons non filaires, préfabrication des cloisons incluant les passages des câbles,"modularisation" de tous les matériels),
  • peu ou pas de matériels à vendre, les appareillages étant achetés directement par le particulier

Le rôle de ces entreprises s'oriente progressivement vers la prescription, l'adaptation, la coordination de l'ensemble. Leur compétence devant s'exercer sur un territoire inoccupé par la grande distribution avec laquelles s'organise déjà des partenariats (réseaux d'installateurs affiliés). A ce titre une bonne connaissance des matériels et techniques annexes (installations audiovisuelles, de confort, équipements de sécurité, petite climatisation, etc.) est indispensable, tout autant qu'un sens aigu du service.

Tertiaire et industrie :Technicité, intégration, offre globale

Une segmentation assez nette apparaît entre entreprises proposant des prestations à forte valeur ajoutée intellectuelle (ingénierie, maintenance de système, service, ...) et d'autres organisées de plus en plus méthodiquement pour répondre au mieux à des besoins de prestations d'installation. Face à cette nouvelle situation, les entreprises entament un mouvement de réorganisation prenant en compte deux fonctions :

  • la fonction " essentielle " de conception, d'études, de conseil et de contrôle de la qualité, assurée par un nombre relativement réduit d'ingénieurs, de techniciens et de conducteurs de travaux formant un " noyau dur ", stable et permanent ;
  • la fonction d'exécution assurée, à la demande, selon les besoins de l'entreprise, par des équipes internes, des intervenants extérieurs, autres entreprises, intérimaires,

L'assemblage de ces approches a donné naissance à des nouveaux concepts de contrats offrant des réponses globales à des familles de besoins du client, multitechnique (intégrant les prestations de plusieurs lots techniques : génie électrique, génie climatique), multiservices (intégrant les prestations de plusieurs lots techniques et des prestations de services complémentaires : courrier, accueil, gardiennage, nettoyage, etc,), Facilities Management. (gestion avec responsabilité unique, de biens ou d'activités supports, nécessaires à l'exercice du métier principal). avec comme objectif, le meilleur rapport qualité/coût global.