Chambre Syndicale des Entreprises d'Equipement Electrique

Colloque 2006

L'installation électrique : un nouvel environnement, un nouveau métier

 

"La CSEEE organise chaque année autour d'un thème prospectif un colloque d'une demi-journée mêlant les points de vue de personnalités de la filière électrique et de spécialistes d'horizons variés. Pour la 28éme édition de ce Colloque intitulé « L'installation électrique : un nouvel environnement, un nouveau métier ? » plus de 200 participants sont venus partager une réflexion sur la rencontre des nouvelles technologies électriques avec un environnement énergétique dont les acteurs partagent désormais tous des objectifs de contribution au développement durable."

Animé par Pierre-Luc SEGUILLON et introduit par le président de la CSEEE, Emmanuel GRAVIER ce colloque avait d'abord pour objectif de mettre en parallèle deux évolutions très sensibles actuellement. La première d'ordre technologique avec des perspectives inédites offertes par les nouvelles générations de matériels et systèmes électriques. La seconde d'ordre sociétale avec l'émergence de nouvelles exigences environnementales et particulièrement énergétiques. La question étant ensuite posée d'évaluer l'impact de la convergence de ces deux évolutions sur les métiers et les marchés de la filière électrique pour, enfin, réfléchir à ce qu'il convient dès aujourd'hui de faire pour se préparer et s'adapter.

Ressources énergétiques : un constat alarmiste

Les réserves sont limitées. Nous devons nous adapter de toute urgence aux exigences écologiques, car la population mondiale devrait atteindre 9 milliards d'habitants en 2050. Le nombre de mégapoles ne cessera de croître, les hommes ayant tendance à se regrouper dans des agglomérations « tentaculaires ». Avec une consommation de 11 milliards de TEP par an, la croissance énergétique annuelle est comprise entre 2 et 5 %. L'humanité a consommé autant de pétrole entre 1980 et 2000 qu'entre 1860 et 1980, principalement du fait des pays de l'OCDE. Dans ce contexte, l'essor chinois et indien a de quoi nous inquiéter. Sans évolution, d'ici une quarantaine d'années, nous aurons épuisé une bonne partie des ressources terrestres.

Les énergies fossiles, pétrole charbon et gaz naturel, au sens large devraient demeurer les principales sources d'énergie. Ils détiennent un avantage concurrentiel incontestable dans maintes applications : transport, chauffage, procédés industriels. Jean AUDOUZE souligne que le charbon représente 40% de la production d'électricité contre 8% au fioul, dépassé par le gaz, l'hydroélectricité et le nucléaire. Quant aux autres formes d'énergies (solaire et éolienne, par exemple) malgré des percées technologiques considérables et d'énormes investissements qui devraient leur faire afficher un taux de croissance annuel de 20%, elles ne compteraient toujours que pour moins de 1 % des besoins énergétiques. Pour Jean AUDOUZE la voie est toute tracée « L'avenir de l'électricité repose sur l'augmentation de la contribution du nucléaire. La physique, et je dirai même la logique, nous oblige à adopter cette attitude ». Il importe également d'envisager, selon lui, la taxation croissante de l'énergie « Les bienfaits d'une taxe progressive ont été démontrés. Les revenus de cette taxe permettraient sans aucun doute d'attribuer des ressources à des professions qui rencontrent des difficultés pour économiser de l'énergie. »


Equipements : quelle marge de progression ?

Comment en est-on arrivé là, malgré des progrès qui ne datent pas d'aujourd'hui ? D'importantes avancées technologiques ont été réalisées en matière d'efficience énergétique, chauffage, éclairage, climatisation, électroménager... Dans l'industrie, la plupart des industriels entreprises de fabrication se sont dotées de matériel et d'outillage peu énergivores, ont ajusté leurs process pour alléger leur facture d'énergie ». On a aussi augmenté l'efficacité énergétique dans l'industrie pétrolière. Aujourd'hui, le rendement énergétique d'une raffinerie est de 40 % supérieur à ce qu'il était il y a 30 ans. Pour aller plus loin, il faut trouver et mettre en production d'autres sources d'énergie, y compris de nouvelles sources comme les énergies éolienne, solaire et verte, « dont la viabilité économique à grande échelle dépend essentiellement de percées technologiques ». Une autre challenge technologique concerne la réponse aux besoins "émergents" par des matériels allant de la Moyenne Tension à l'Ultra terminal :VDI, communication et pilotage, contrôle, sécurité, variation de vitesse...

Ainsi le sociétal, qui aspire à consommer moins trouve dans la technologie une solution à une cadence plus rapide que ce que l'évolution naturelle aurait fait.

L'électricité, une solution incontournable

Améliorer l'efficacité énergétique, n'est plus seulement un leitmotiv. Cela devient la priorité des priorités pour tenter de réduire l'écart prévu entre la consommation d'énergie et les sources d'approvisionnement. Pour Jacques RILLING il ne fait pas de doute que l'électricité sera probablement le vecteur énergétique le plus souple, le moins sujet aux ruptures d'approvisionnement et le plus adapté en termes de qualité et de propreté « Dans les 20 ans à venir, on pourra éviter de stocker le CO2 dégagé pour la production d'électricité de manière souterraine. » Mais si l'électricité se positionne d'ores et déjà comme incontournable dans les bâtiments de demain pour en améliorer l'efficacité de l'énergie, c'est aussi parce que son exergie (en quelque sorte la quantité d'énergie utilisable à partir de l'énergie produite) est très supérieure aux autres énergies. La conception d'équipements avancés tels que pompes à chaleur, piles à combustible, appareils de chauffage /rafraîchissement « réversibles », panneaux solaires ouvre la voie à une utilisation plus rationnelle de l'énergie. Les acteurs de la filière conscient de ce potentiel donnent une priorité à la recherche à l'exemple de Schneider Electric qui vient de redéployer à Grenoble son centre qui héberge plus de mille chercheurs.

La demande attend une offre « filière »

Selon Philippe MONLOUBOU « Nous constatons une évolution des mentalités. Le consommateur fait de plus en plus le choix de la maîtrise de l'énergie tout en faisant appel à des énergies renouvelables... Les clients ont tout intérêt à diminuer leurs coûts de production - de l'énergie - afin de maîtriser plus facilement leurs performances ». EDF conçoit dans le domaine des énergies renouvelables des offres intégrées pour répondre à cette attente avec l'exigence de « maîtriser la prestation chez le client final ». Des collaborations entre les différents acteurs de la filière doivent voir le jour et notamment avec les installateurs « Nous prenons des engagements auprès du client. Pour les respecter, EDF s'appuie sur des partenaires de plus en plus qualifiés. Nous privilégions une logique de co-traitance avec des installateurs adoptant une logique de maîtrise des coûts et de la qualité. »

 

Une rupture avec la logique industrielle

Il aura fallu du temps pour que les problématiques liées au développement durable sortent du carcan des bonnes intentions. L'hypertrophie de la facture énergétique a sans doute contribué à une vraie prise de conscience collective « faisons vite c'est cher ! » énonce non sans ironie Emmanuel Gravier. Le résultat, c'est qu'en l'espace d'une poignée d'années, pouvoirs publics, industriels, exploitants, ménages... sont passés du discours à l'action. Et à regarder de prés, les mesures prises par les grandes entreprises représentées à ce colloque et les discours qui les inspirent sont surprenantes. Le changement ne réside pas seulement dans l'ampleur des moyens mis en œuvre, mais surtout dans le fait qu'ils s'inscrivent à contre-courant d'une vision industrielle productiviste qui a toujours prédominé dans la filière. Pour Philippe MONLOUBOU d'EDF, dont le métier reste quand même de vendre des kWh, « les producteurs d'énergie devraient tout simplement inciter leurs clients à limiter leur consommation ». Du côté de REXEL, on s'oblige plus que ne prévoit la législation vis-à-vis des clients notamment en matière de recyclage « Face à l'enjeu des DEEE, nous avons un rôle de modélisation actif... on organise la capacité de la société à changer son comportement déviant » commente Patrick BERARD. Même son de cloche chez Schneider Electric qui est allé jusqu'à créer en 2005 un outil de mesure de sa performance en matière de responsabilité sociétale : le Baromètre Planète et Société. Gilles VERMOT DESROCHES expliquent que dix indicateurs sont suivis pour noter chaque trimestre le Groupe avec l'objectif, pour 2008, d'atteindre une note de 8/10. Toutes ces stratégies où le sociétal semble devancer l'économique donnent la mesure des bouleversements engendrés par l'idée du développement durable. Ne pas se préoccuper de l'environnement, c'est prendre un risque sur sa capacité à vendre demain.

 

Un métier qui fait plus que changer

Pour Emmanuel Gravier dire que le métier évolue, c'est un peu une tarte à la crème... C'est pourtant plus qu'une réalité pour le métier d'électricien placé en première ligne pour répondre à la demande de nouveaux services. En 2007, un adolescent qui joue ou tchate sur internet va utiliser plus de bande passante et de débit que tous les usagers d'un immeuble tertiaire d'il y a 10 ans, époque où les mots SMS, MP3, GPS, Google, WI-FI... étaient encore inconnus du grand public. Il faut des réseaux personnels, privés ou publics capables de suivre et de s'adapter à l'inflation de tous les équipements connectés. Patrick BERARD enfonce le clou « Pendant cinquante ans le monde de l'électrique a été binaire... Je mets en route et je consomme ou je coupe. On était dans l'électromécanique. L'électronique est arrivée et a ouvert le monde de la régulation, d'abord dans l'industrie, puis dans le tertiaire et enfin dans le résidentiel. Depuis trois ou quatre ans, on peut être époustouflé des changements et de la banalisation de la régulation par l'électronique de la consommation électrique. »

Et la demande des clients bouge dans plusieurs directions. Pour Ludovic Frantz, elle va augmenter en matière de sécurité et de confort dans les années qui viennent « les clients se montrent de plus en plus exigeants en termes de qualité et d'expertise, sans compter l'évolution démographique qui renforce les besoins de technologie et de services dans le secteur résidentiel.

 

 

Vers un métier de prescription qui va décloisonner les professions

Les frontières entre métiers sont prêtes à s'écrouler. Et on assiste à une belle unanimité des intervenants à ce sujet. Pour Ludovic FRANTZ « Nous assistons à une déspécialisation des métiers... il est possible de se démarquer en assurant un travail d'interprète des fonctionnalités-clients, en proposant des innovations... ». Pour Jacques RILLING « l'électricien aura à gérer l'intelligence de l'électricité. Il se retrouvera également plombier. En tout cas, il devra s'associer étroitement à cette profession » propos repris en écho par Patrick BERARD pour qui « la muraille de Chine que constituait l'Elec et le liquide tombe. Deux mondes qui se sont toujours regardés vont trouver là une sorte de lien. ». Thierry LASGORGEIX témoigne « L'activité de SPIE se résumait avant au métier d'installateur. Nous assurons maintenant des contrats multi-techniques ; les barrières entre les métiers tendent à disparaître. Les clients nous demandent de plus en plus de leur fournir des informations et de leur trouver des solutions techniques afin de réduire leur facture. La réflexion porte aussi bien sur l'éclairage que sur la température ambiante à l'intérieur des bâtiments. » Autre hybridation de métiers possible, la pose de panneaux photovoltaïque qui, selon Patrice CHASSEURIAUD, exige idéalement une double compétence de couvreur et d'électricien.

 

Un relais de croissance rare

Avec la régulation et maintenant la faculté ouverte pour les équipements d'échanger et de transmettre des informations, des perspectives inédites s'ouvrent pour les bâtiments qui selon Emmanuel GRAVIER vont tendre à se comporter comme des organismes vivants « aujourd'hui, le Bâtiment peut s'adapter à une suractivité de ces occupants ou au contraire se mettre en veille, se protéger, communiquer avec d'autres bâtiment. ». En cela, les systèmes électriques apportent une réponse à une attente énergétique. Patrick BERARD le souligne « Il se produit aujourd'hui dans le marché une évolution formidable pour les 120 000 professionnels de la filière électrique en France et mais aussi ceux des autres pays d'Europe. Pour la première fois, on passe d'une installation technique avec un installateur technicien à un métier qui se trouve au carrefour d'une tendance sociétale et technologique. L'un étant au service de l'autre et l'un faisant la courte échelle à l'autre. Il y a une dynamique. Une solution en appelle une autre, une sophistication en appelle une autre. » Cette filière ne s'appauvrira pas sauf si elle a un comportement suicidaire. Elle est assise sur un relais de croissance ce qui est rare dans des économies matures. Plus les économies sont matures, plus elles consomment de l'énergie.

 

 

La pénurie de compétence assombrit l'horizon

Les technologies sont disponibles, les clients sont prêts... Il ne manque que les hommes !

Alors que le marché est en pleine croissance, les entreprises peinent à recruter du personnel qualifié et vont faire face à des départs importants dans les années à venir de personnel qualifié... Une situation préoccupante selon Emmanuel GRAVIER « L'activité ne peut se développer sans adaptation des compétences, recrutement et formation adaptées du personnel des entreprises. » Le déficit de notoriété et d'attraction est notoire, les étudiants sont mal orientés et pourtant explique Patrick BERARD « La filière électrique concentre des métiers intéressants, sans cesse en évolution, et au contact de la technologie. ». Sans compter que beaucoup de dirigeants d'entreprises dans le secteur du bâtiment sont prêts à céder leur entreprise à des jeunes débutant dans le métier. Face à cette situation, et dans un contexte social où « le travail est perçu comme une aliénation... l'image des entreprises n'est pas bien perçue pas les jeunes... les personnes en charge de l'orientation au sein de l'Education nationale ne connaissent pas notre univers» commente Henri Lachmann, « je crois que votre véritable métier n'est pas l'électricité mais les hommes et les femmes qui travaillent dans votre entourage.» George RIGAUD élargit ce constat au Bâtiment « La pénurie de main-d'œuvre qualifiée est une question majeure, nous ne ménageons pas nos efforts et notamment pour que les jeunes et les entreprises se rencontrent. »

 


Priorité à la formation et à l'apprentissage

Avec Henri Lachmann c'est l'apprentissage qui a été mis en avant comme réponse aux besoins des entreprises et de la société « Dans notre pays, 500 000 emplois ne sont pas pourvus et 160 000 jeunes sortent du système éducatif sans avoir obtenu un seul diplôme ». La « mission pour la valorisation de l'apprentissage » que Jean-Louis Borloo lui a confié en 2005 a permis une croissance de 10.000 du nombre d'apprentis entre 2005 et 2006 dans les entreprises du CAC 40 soit une augmentation de plus de 35%. Les chiffres au niveau national récemment publiés montrent cette tendance à la hausse: plus de 400 000 apprentis fin 2006. Henri Lachmann a des convictions « il convient de mettre moins l'accent sur les diplômes que sur les métiers et les compétences et il revient aux entreprises d'éduquer les jeunes. ». La fidélisation n'est pas pour lui un argument s'agissant des grandes entreprises « Elles peuvent accueillir au delà de leurs propres besoins, en formant notamment des apprentis pour leurs partenaires économiques , clients et fournisseurs ... Il leur revient d'apporter de l'aide aux PME, qui ne disposent pas des moyens suffisants pour former des jeunes. » L'exemple est fourni par Schneider Electric qui forme 700 jeunes par an « la formation terminée, nous orientons prioritairement ces jeunes vers des entreprises de notre filière ». Mais l'entreprise ne fait pas cela par humanisme « Une fois qu'ils auront rejoint vos entreprises, ces hommes et ces femmes choisiront nos produits avant d'opter pour ceux de nos concurrents. » Un rapprochement de l'entreprise et de l'école « Nous pourrions créer des sections d'apprentissage au sein des collèges »